Le coaching individuel est une profession en plein essor, mais les résultats des joueurs en profitent-ils?

Le coaching individuel est une profession en plein essor, mais les résultats des joueurs en profitent-ils?

Qu'on l'appelle "skill coach", « coach individuel » ou encore « personal trainer », le coach en charge du développement du joueur est un acteur de plus en plus incontournable, mais les résultats des joueurs en profitent-ils? Pour répondre nous devons nous interroger sur les compétences attendues du coach individuel, des savoirs, savoir-faire et savoir-être qui ne sont pas si simples à développer avant de pointer les manquements dans le système.

Des compétences attendues

Evidemment il y a des savoirs habituels, dont une partie est enseignée en formation initiale. L'énergétique, la force, la puissance, la mobilité, la proprioception, la récupération, la nutrition, la technique individuelle, etc. Ne vous trompez pas, la formation initiale vous donne juste le droit d'exercer en légalité, ce n'est pas elle qui fait de vous un expert. L'enseignement en formation initial est élémentaire et indispensable autant qu'insuffisant.

Insuffisant dans le sens où les interactions entre les éléments ne peuvent pas être traitées dans les volumes de formation imparties. Les formations continues doivent donc chercher à corriger ces déficits. Elles devraient porter sur  plus d'éléments de performance ainsi que sur les relations entre ses éléments. La grande majorité des formations continues se basent sur des expertises élémentaires. Très peu de formations continues portent sur les interactions entre les éléments de performance. C’est une limitation très importante pour les entraineurs en quête de développement.

Tous ces savoirs doivent être associés à des savoir-faire et des savoirs faire-faire. Le coach doit avoir testé, éprouvé et critiqué ses savoirs. Aurélien Broussal Derval dit "qu’un coach qui ne s’entraîne pas est un imposteur". C’est vrai, mais le coach ne doit pas faire que s'entraîner. Sinon il occulte la part réflexive de son activité. Auto-critiquer ce qu’on apporte en tant que coach et ne pas se soumettre à la pression de conformité ni des traditions (on a toujours fait comme ça), ni des modes (c’est nouveau donc c'est mieux) est indispensable. Les modes et les traditions sont des freins à la performance. Ce ne sont pas les seuls, prenons l’exemple d’un post récent d’Olivier Bolliet (N’imitez pas le leader sans comprendre) qui rappelle que l’effet d’imitation par exemple est tout aussi inefficace. Et nous le savons bien nous au basket. Il suffit de voir un joueur NBA sur un coussin, un swiss ou avec un pistolet de massage pour qu’il s’agisse du nouveau chaînons manquant de la performance individuelle… jusqu’au prochain post...

Tous les savoirs sur la performance sont à la fois complémentaires, concurrents et antagonistes. Aucun n'est mauvais en soi. Aucun n'est bon en soi. Il s'agira donc de réflechir. Et c’est là que le bas blesse. Quand on reçoit autant d’informations tout au long d’une journée, on ne prend plus de temps de réflechir. On compute mais on ne réflechit plus.

Comme pour l'entraînement, c'est la diversité et la variabilité des situations rencontrées qui vont permettre au coach individuel d'être pertinent dans sa vision et dans la transmission de cette vision. Mais cette vision ne peut se construire que par l’action couplée avec la réflexion. Ici rien ne remplace l'expérience avec les athlètes et les mentors. Celui qui pense pouvoir se passer d’un mentor perd beaucoup de temps car il construit souvent des routes ou des ponts que d'autres ont préparé avant lui...

Enfin, il y a le savoir-être. Indispensable. Adaptable. Fondamental. Le savoir-être est un mélange de connaissances humaines issues de la curiosité intellectuelle pour soi et l'autre, il permet chaque jour de répondre aux questions "Comment je fonctionne?" et "Comment l'autre fonctionne?" et encore "Comment l'autre et moi fonctionnons ensemble?".

Sans curiosité, sans empathie, c'est peine perdue. Peine perdue car cette dimension du savoir-être ne s'accessoirise pas. Elle ne s'aquiert pas par les diplômes ou le réseau. C'est un mode de fonctionnement qui est avant tout personnel et authentique. Pour moi c'est le premier secteur déficitaire dans la profession. Sans doute dans toutes les professions au service des autres.

Tous les coachs individuels aiment le basket. Ils aiment tous réussir. Mais jusqu'où vont leur curiosité et leur empathie? Est-ce qu'elles s'arrêtent à la fin de la séance? 

Cet article ne serait pas complet s’il ne parlait pas du « réseau » du coach personnel. Le capital social et culturel, tels que présentés par Bourdieu il y a longtemps déjà, n’est pas étranger aux postes occupés par les coachs individuels. On assiste ici presque à des stratégies matrimoniales de préservation du patrimoine des « siens ». Comme dans toutes les professions, les postes à profils sont présentés en priorité dans un réseau relationnel. Ce n’est pas une exclusivité du basket et il ne faut nullement s’en offusquer. C’est un fonctionnement typique dans le monde professionnel. C’est aussi la raison pour laquelle le poste et les compétences ne sont pas toujours en adéquation. Et comme les résultats ne sont pas assez précisément collectés ni mesurés, comme les périodes d’évaluation sont toujours à court terme, il est impossible de connaître le ratio entre le nombre d’heures de travail et l’évolution des indicateurs de performance du joueur.

Les manquements du système

Dans un tel brouillard, il est toujours possible de dissimuler l’efficacité du coaching individuel dans une nébuleuse de biais. Le système du coaching individuel se construit d’ailleurs plus sur le nom de l’intervenant que sur ses résultats réels mesurés chez les joueurs (qui ne sont ni collectés, ni analysés je le rappelle). Une nouvelle fois, la présence l’emporte souvent sur l’efficacité et la première victime est le joueur qui demeure en sous-performance chronique et normalisée que je présentais dans un podcast de No Brain No Gain (Lien) il y a quelques mois.

Le système actuel satisfait les besoins des différents protagonistes : 

  • Les joueurs ont besoin d'un grand volume de travail qui les rassure. Même s'il est peu efficace, ils ont l'impression d'avoir fait les efforts nécessaires à leur réussite. Les joueurs ont besoin de fournir des efforts.
  • Les coachs individuels proposent un volume de travail hors club ou en club dont l'efficacité n'est pas mesurée mais qui rassure les acteurs, environnements et structures sportives sur le volume de prise en charge des joueurs. Les coachs individuels fournissent de la présence (des moyens) aux joueurs. Leur besoin est de travailler.
  • Les structures respectent la norme actuelle et embauchent des coachs individuels parce que les autres le font. Le besoin des structures est de se conformer aux directives des fédérations/ligues tout comme aux autres structures.

Ainsi dans ce système sclérosé par les considérations de volume, la mise à disposition de moyens et la pression de conformité, aucune importance, à quelques rares exceptions, n'est donnée à l'efficacité des processus. Le seul indicateur dans ce capharnaüm est celui du volume horaire travaillé et entre lui et les stats en match... il y a encore plus de biais que dans un magasin alimentaire lorsque l'on doit choisir ses produits. Car la performance individuelle ne s'exprimera que dans un contexte collectif de match, qui je le rappelle comprend : des oppositions, des collaborations et des incertitudes.

 

Le développement individuel des joueurs est un métier qui repose sur des compétences qui lui sont propres. C'est un métier qui perd son sens s'il ne met pas le joueur et ses résultats (réels et mesurés) au centre. Dans ce cas ce n'est plus du développement ou de la performance, c'est de l'occupation. C'est toute la différence entre manager la présence et manager la performance.

28/09/2021

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